Vol. 9 No. 9 (2022): Dacoromania litteraria 9 | 2022

Il y a une longue « histoire » de l’ironie et de ses acceptions littéraires à commencer par la modernité et jusqu’à l’âge contemporain : de l’ironie romantique, esthétique, philosophiquement réappropriée par les romantiques allemands et associée à la littérature, en tant que vision du monde et pratique discursive, à l’ironie moderne, de nature éthique, démocratisée avec l’expérience traumatique de la Première Guerre Mondiale, enfin à l’ironie postmoderne, comprise soit comme mode de lecture soit comme mode de vie. Toutes ces postures de la distance ironique et leur inscription historique appartiennent pourtant à un récit occidental. Elles visent un processus de constitution du sujet, des phénomènes d’émancipation individuelle ou des manières de réagir à des traumatismes collectifs, propres aux sociétés de la « vieille Europe ». Mais quels problèmes sociaux, politiques, éthiques l’ironie résout-elle, comme figure de style et comme forme de vie, dans les espaces marginaux du continent ? Comment cette figure millénaire s’est-elle engagée dans les phénomènes d’émergence des sociétés modernes en Europe orientale et centrale ? Comment s’est-elle articulée avec les thèmes du « romantisme apprivoisé » que ces cultures « récentes » ont connus ? Comment l’ironie a-t-elle participé à l’absorption du cauchemar concentrationnaire dans les anciens États communistes au-delà du rideau de fer ?
Published: 2022-12-01